Sport : plaisir ou addiction ?

À Toulouse, élue 3e ville la plus sportive de France, les salles de sport ne désemplissent pas. Pratiquer une activité physique régulière n’est plus le lot des sportifs professionnels. Aujourd’hui tout le monde s’y met. Quitte à en devenir accro. Enquête sur l’addiction au sport : ses mécanismes physiologiques, ses symptômes, ses dérives…

Le corps a ses raisons, que la raison ignore. Chaque jour, près de 200.000 français pratiquent le CrossFit. Quatre à cinq fois par semaine, ils repoussent leurs limites. La douleur musculaire fait partie de leur quotidien. « Je vis avec mes courbatures » avoue Jérémy, 20 ans, pratiquant la discipline depuis deux mois et demi. Et ce n’est pas un hasard s’il réussit à en éprouver du plaisir. Lors d’une activité physique, notre organisme sécrète deux types d’hormones : « la plus connue est l’endorphine. Libérée lors d’un effort métabolique et respiratoire intense, ses effets sont similaires à ceux ressentis lors d’un orgasme. », explique Vincent Foulonneau, ancien chercheur à l’INSEP (Institut National du Sport de l’Expertise et de la Performance). Pourtant, celle que l’on appelle « l’hormone du plaisir » n’est pas la plus addictive. Insoupçonné par beaucoup, le cannabinoïde produit un anti-douleur naturel proche de la morphine. Cette substance, également présente dans le cannabis, est secrétée lors d’un effort pluri-articulaire basé sur la répétition d’un ou plusieurs mouvements. « L’endorphine et le cannabinoïde sont libérés simultanément lors de la pratique sportive. Dès lors que l’activité atteint un certain niveau d’intensité, le cannabinoïde est sécrété en plus grande quantité et le sportif ne ressent plus aucune douleur mais seulement du plaisir. C’est le début de l’addiction. » Ce duo d’hormones intervient donc dans des situations d’efforts physique bien particulières. Les sports de force et d’ultra-endurance sont les principaux concernés. La propension addictive d’une activité sportive est alors décuplée lorsqu’elle combine travail métabolique d’endurance et force athlétique.

CrossFit : le cocktail explosif

CrossFit Rive Droite

« Un shoot d’une heure » voilà comment Yohann Gigord, coach sportif, décrit une séance de CrossFit. A Galiléo, jusqu’à soixante personnes peuvent s’entraîner en même temps aux heures de pointe. Une véritable usine à transpirer, d’où chacun sort lessivé mais le sourire aux lèvres. Pourquoi et comment cette discipline débarquée des Etats-Unis fait-elle toujours plus d’adeptes ? Créé en 1974 par Greg Glassman, ex-membre des forces spéciales américaines, le CrossFit est une discipline novatrice mêlant haltérophilie, exercices cardio-vasculaires et mouvements gymniques. En somme, le mélange parfait promettant une dépense énergétique complète. Un cocktail explosif auquel l’addiction est inévitable. Débarquée en France en 2012, cette activité n’en finit plus de séduire les Français. Le pays compte pas moins de 287 « box » de CrossFit, dont 22 rien qu’en région toulousaine. Les box, ces salles de sport pas comme les autres… Exit les miroirs, tapis de courses et autres matériels. Dans ces véritables hangars, cages de traction, cordes à grimper et barres d’haltérophilie sont les rares équipements à disposition des athlètes. A la fin de chaque session, appelée WOD pour « Work Out of the Day », les performances des CrossFitters sont notées au tableau à la vue de tous. Une motivation pour chacun de donner le meilleur de soi-même. Conçu à l’origine pour préparer les pompiers à toutes les situations, le CrossFit est un sport où le collectif participe à la performance individuelle. « Pendant les entraînements, il n’y en a jamais un de côté même si nous n’avons pas tous le même niveau. Ça permet de créer un vrai groupe d’amis, une communauté. Nous nous voyons même en dehors de la box. » déclare Marie, 25 ans, adepte de la discipline depuis deux ans et demi. La terme communauté est récurrent dans la bouche de ces champions des temps modernes. Comme une famille, voire une secte, aucun ne se verrait s’entraîner seul. Les liens qui les unissent sont une motivation supplémentaire à pratiquer leur sport au quotidien. « Il n’y a pas de premier, il n’y a pas de dernier, seulement des CrossFitters. » s’exclame Reyda Messaoudi, le sourire aux lèvres et le tee-shirt noir de sueur à la fin de son « WOD ».

No pain no gain

Discipline encore récente dans l’Hexagone, seulement 1% des adeptes du CrossFit la pratique au niveau professionnel. A raison de deux entraînements par jour, voire plus, la vie de ces athlètes tout terrain est rythmée par leur sport. C’est ainsi que l’addiction peut laisser place à la bigorexie… Reconnue comme maladie en tant que telle par le corps médical, cette pathologie reste encore peu connue du grand public. Pour cause elle touche principalement les sportifs de haut niveau, notamment les haltérophiles et les triathlètes. Deux facteurs entrent alors en jeu : l’un égocentrique, l’individu cherchant à améliorer son apparence physique, l’autre métabolique, lié à la quête d’une performance toujours plus excellente. Éternel insatisfait, le bigorexique repousse inlassablement les limites imposées par son corps. Jusqu’à en mettre sa santé en péril. En effet, pour atteindre ses objectifs il n’hésite pas à priver son organisme des calories nécessaires à son bon fonctionnement. Son taux de masse de graisseuse étant si faible, sa masse musculaire si importante, le phénomène d’autophagie apparait. Intervenant également chez les anorexiques, ce trouble mental est « une forme de comportement d’automutilation qui consiste à provoquer des douleurs vives à soi-même en portant atteinte à l’enveloppe corporelle. » selon le dictionnaire médical de l’Académie de Médecine. Vacillant entre sensation de bien-être et dépression, le malade est tiraillé entre ses besoins en apports caloriques et sa recherche de performance.

De multiples mécanismes physiologiques interviennent lors d’un effort physique. Qu’ils soient hormonaux ou mentaux, ces derniers peuvent mener à l’addiction. Et dans les cas extrêmes à la bigorexie. Toutefois pratiquer une activité physique régulière reste essentiel pour rester en bonne santé. La douleur fait partie intégrante du sport, le tout est de savoir quand s’arrêter.

 

Avec Marion Bernard.

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