Le TO à la recherche d’espaces

Actuellement en deuxième division anglaise de rugby à treize, le Toulouse Olympique XIII souhaite accéder à la Super League. Reportage au cœur d’un club plein d’ambition.

Les sourires laissent place à la concentration. L’odeur de camphre s’invite dans les narines. La musique augmente dans les casques des joueurs du Toulouse Olympique XIII. À 18 heures, l’arbitre donnera le coup d’envoi d’un match crucial pour la suite de la saison. Le TO XIII reçoit, ce samedi 5 mai, Featherstone Rovers, un concurrent direct pour la qualification en Super 8, le mini-championnat d’accession à la Super League. Un championnat qui regroupe les quatre premiers de Championship et les quatre derniers de Super League à la fin de l’été. Une passerelle pour rejoindre la compétition phare du rugby à treize européen.

Dans les vestiaires à une heure du match, Charles Bouzinac (à gauche) révise les consignes. Johnathon Ford (au milieu) discute avec Sylvain Houlès (casquette bleue).

Attablé depuis trois saisons au sein des ligues anglaises, Toulouse gravit les échelons. « La Super League n’est pas qu’un objectif sportif, mais aussi économique et social. Elle peut faire venir du monde et de l’argent à Toulouse, et elle offre de belles opportunités à des jeunes joueurs. » Sylvain Houlès a passé cinq ans en Angleterre en tant que joueur à treize. Le coach du TO est l’un des piliers de la politique de développement du club haut-garonnais. Depuis qu’il entraîne avec son compère Adam Innes, le club a connu le premier doublé championnat de France-coupe de France de son histoire en 2014, puis l’intégration en League One (3e division anglaise) en 2016 et la montée en Championship l’année suivante. L’ancien joueur du TO s’appuie sur une philosophie de jeu basé sur l’occupation des espaces.

 Espace régional

À commencer par la formation. Avec un effectif composé de vingt-deux joueurs, le TO mise sur plusieurs joueurs formés au club. À l’image de Justin Sangaré, pilier de 20 ans qui a intégré l’équipe première l’an dernier. « J’étais au bord du terrain avec mes potes lors du doublé championnat-coupe et on se disait : « Imaginez si on y est un jour ! » L’année d’après, je suis passé avec eux. C’est allé très vite. » Originaire du quartier Bagatelle, le cadet du groupe loue « le professionnalisme et la clarté » que lui ont apporté le TO dans sa vie. Dans un fort accent anglo-saxon, Aaron Wood, coach de la réserve et du centre de formation bleu et blanc, veille sur les jeunes pousses : « Ma mission est d’envoyer le plus de joueurs possible en équipe première, de former les jeunes pour le Championship, puis la Super League. »

Séance vidéo matinale ce jeudi 3 mai. Le groupe analyse les forces et faiblesses de Featherstone.

Une éventuelle accession à l’élite anglaise serait synonyme de retombées financières conséquentes pour Toulouse. « Le budget de la société sportive atteint les deux millions d’euros, explique Cédric Garcia, directeur administratif et présent au TO depuis plus de 10 ans. En cas de montée en Super League, ce budget triplerait grâce aux droits télévisés, aux recettes des matchs, au sponsoring et au marchandising. »

De la même manière, une montée répondrait à une deuxième volonté de la direction : faire du Toulouse Olympique XIII un club d’envergure régionale. « Les Dragons catalans (l’autre formation française du rugby à treize anglais, intégrée à la Super League depuis 2006) rayonnent sur le sud-est de la France. L’idée est que le TO rayonne sur le sud-ouest. Aller en Super League est un projet pour le club, mais aussi un projet fédéral de développement du treize en France. Avoir deux clubs à ce niveau permettrait d’avoir une équipe de France plus forte. L’équipe de France est la vitrine. Qui dit vitrine dit visibilité plus importante, donc retombées plus importantes. » Si le projet toulousain voit plus loin que l’accession à la Super League, il ne grille pas les étapes.

Adam Innes (à droite) explique à Constantine Mika (à gauche) les ateliers musculation de ce mardi matin 1er mai.

Espace vital

Pour l’instant, l’équipe professionnelle s’entraîne au complexe sportif Toulouse-Lautrec aux Minimes et occupe des bâtiments préfabriqués. Le chantier voisin du stade Arnauné, l’enceinte historique du XIII toulousain, est suspendu depuis le 19 avril sur décision du tribunal administratif suite au dépôt d’un recours par un collectif de riverains. Les Bleus et Blancs réceptionnent leurs adversaires à Blagnac, au stade Ernest-Argelès. Néanmoins, en ce 1er mai, la bonne humeur se dégage du club house aux murs gris décorés par des dessins d’enfants et des photos de joueurs. « On s’amuse bien, sourit Andrew Bentley, troisième ligne d’origine néo-zélandaise, casquette du TO vissée à l’envers sur la tête. On déconne, mais on sait aussi rester concentrés quand il le faut. » Un groupe détendu mais déterminé à vaincre chaque concurrent.

À l’entraînement, Mark Kheirallah peaufine son jeu au pied. Contre Featherstone, il n’a loupé aucune transformation.

Au tiers de la saison, le TO ne compte que trois défaites en Championship. Des gros coups aussi, comme à Londres le 30 mars (36 à 16), « une très grosse performance, car ils étaient invaincus jusque-là » souligne l’arrière Mark Kheirallah dans un anglais parfumé d’Australie. « Ce top 4 est vraiment important pour le club. L’an dernier, nous nous étions fixés la quatrième place comme objectif et on a terminé cinquième. Cette année, fixons-nous la première, on terminera peut-être second », plaisante Sylvain Houlès.

Alors que Featherstone mène au score la première demi-heure à Blagnac, le TO se reprend. Six essais sont inscrits par les Bleus et Blancs dans la rencontre. Mark Kheirallah transforme le dernier, de Bastien Ader, pour clôturer le match. Victoire 36 à 10 face aux Rovers. Samedi 5 mai au soir, le Toulouse Olympique XIII est deuxième de Championship.

Sébastien Planas a le sourire. Pour son 250e match avec le TO XIII, son équipe l’emporte 36 à 10 contre Featherstone. Le jour de ses 34 ans.

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