Quand perdre est inenvisageable

Pelotari aux multiples titres de champion du monde, la soif de victoire de Sylvain Brefel semble intarissable. À 34 ans, le Toulousain, spécialiste de pala corta, se laisse jusqu’en août 2019 pour devenir le meilleur joueur de sa discipline.

« Je veux m’arrêter avant de perdre. » C’est sans détour que Sylvain Brefel annonce qu’il prendra sa retraite professionnelle en août 2019. La défaite lui est insupportable, « comme pour tous les sportifs de haut niveau » se justifie-t-il. Mais rien qu’à voir la précision avec laquelle le pelotari se remémore ses plus belles victoires, c’est bien une rage de vaincre qui l’a hissé jusqu’au sommet de sa discipline. Délaissant le tennis pour la pelote à 13 ans, le Toulousain entame sa carrière sur les chapeaux de roue en intégrant, seulement quelques années plus tard, le Pôle France qui concentre les meilleurs pelotaris de la région. Et c’est non sans nostalgie que le sportif décrit sa première sélection en équipe nationale, à 18 ans, couronnée par deux titres mondiaux avec son partenaire Thomas Iris : « Nous, les deux petits Toulousains de moins de 22 ans, sommes entrés dans la cour des grands. Pour la première fois, deux Français deviennent champions du monde de pala en mur à gauche en 2004 et au trinquet en 2005. C’était historique ! » Arrivé en seulement quatre ans sur le toit du monde, Sylvain Brefel ne veut pas s’arrêter là. Certes les sacrifices sont quotidiens pour asseoir sa place au sein du classement mondial, ses études en podologie ont d’ailleurs failli en pâtir, mais le pelotari est bien entouré. « À l’époque, ma famille et mes entraîneurs m’ont poussé à continuer mes études et à ne rien lâcher. Aujourd’hui, ma femme Élodie et mon fils Robin sont mes premières sources de motivation pour gagner » explique-t-il, sans oublier de souligner l’importance de Ramon Eguzkiza, conseiller technique national au CREPS de Toulouse, ainsi que de Loréa Maïder qui veille à la médiatisation des performances des pelotaris toulousains.

Une seconde place au goût amer

Le 10 octobre 2010 marque un tournant dans la carrière du sportif. À l’issue d’une partie des plus corsées contre l’Espagne, la Dream Team invaincue jusqu’alors, les « deux petits Toulousains » sont sacrés champions du monde senior. « Ce titre a changé ma vie. Nous gagnons 39-40, chez nous, à domicile, devant nos familles. À l’extérieur, on aurait surement perdu. Je suis resté la tête dans les étoiles pendant un mois après cette victoire », décrit le Toulousain, non sans excitation. Depuis ses débuts, le pelotari multiplie les succès, mais c’est bien en 2014 qu’il finit par subir cette défaite qu’il hait tant. Cette seconde place aux mondiaux organisés par le Mexique a un goût amer insupportable, si bien qu’il songe à tout arrêter. C’était sans compter sa capacité de résilience. Sylvain Brefel décide alors d’intégrer l’écurie Innpala de Bilbao et devient ainsi le premier joueur professionnel français de pelote basque. Podologue le jour, il enfile son équipement de pelotari le soir pour s’entraîner. Les week-ends, ce n’est pas moins de 1000 km que ce spécialiste de pala corta parcourt pour affronter les meilleurs joueurs professionnels de sa discipline. À la question « Autant haïr la défaite ne vous a jamais porté préjudice pendant une partie ? », Ramon Eguzkiza s’empresse de répondre à la place de son poulain : « C’est un défaut qui lui permet de se remettre en question et de rapidement trouver la solution pour gagner des parties qu’il aurait dû perdre sur le papier. » Aujourd’hui, à quelques semaines des Championnats du monde de Barcelone, Sylvain Brefel n’a évidemment « qu’un seul objectif : l’or. Je rêve de monter sur la première marche du podium avec mon fils dans les bras », affirme-t-il. Le ton est donné.

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