FFR – Un constat identique depuis … 1952 !!

Quelques jours après la fessée reçue à Twickenham, toulousesport.fr démontre que le constat accusant la Fédération était déjà pointée du doigt il y a 68 ans !!

Comme le démontre l’illustration de cette enquête menée par le journaliste Émile Toulouse dans le Miroir-Sprint du 3 Mars 1952, la Fédération Française de Rugby était déjà accusée de tous les maux. La France terminant à la quatrième place de cette édition. Une seule victoire face à l’Écosse et trois défaites cuisantes à l’époque (voir le détail)

Le journaliste s’amusant à faire un extrait des Unes des quotidiens régionaux, dont voici les plus parlantes :  La F.F.R. précipite la mort lente du rugby , Le Rugby Français a un tournant dangereux, Il faut faire du neuf si nous voulons sauver le rugby, La F.F.R. porte une lourde responsabilité dans la désaffection des foules pour le rugby, L’assassin habite Cité-d’Antin : La victime: le rugby, Le meurtrier: la F.F.R., et nous en passons encore. Le climat de l’époque était alors délétère. 

A l’instar de Bernard Laporte, le président Alfred Eluère était très critiqué. Homme d’affaire (immobilier et restauration) et également impliqué politiquement, le Landais et ancien international fut comme le démontre cet article au centre d’une crise majeure du rugby Français.

Nous lisons par exemple : Alfred Eluère, le démagogue de la F.F.R. est allé parler d’amateurisme aux Britanniques. À peine revenu, il a pris position pour les concours de pronostics. Ne lui avait-on pas dit à Dublin qu’il ferait mieux de s’occuper de qui se passe dans sa propre maison ?

Il est également question de comparaison entre Anglais et Français, tiens tiens … Un grand trois-quart centre admiré des Anglais touche 800.000 francs de son club pour la saison, pendant qu’un simple trois-quart aile français, remplaçant en sélection en a déjà reçu 600.000 ? Il déplore également l’infidélité – plus rare à l’époque – : Près de moitié des joueurs de l’équipe de France changent de club au moins une fois durant leur carrière.

Enfin, un autre exemple frappant de similitude résumé dans cette phrase: Les équipes préfabriquées tiennent le haut du pavé dans le championnat de France … La dernière en date est Grenoble, mais il y a eu Mazamet, Castres, La Rochelle, Lyon et Toulon.

Nous vous proposons de lire l’article complet de ce journaliste Émile Toulouse, grand spécialiste du Rugby, ayant fait sa carrière chez Europe 1 puis France Inter. Une époque de journalisme engagé … faites vous votre idée mais il est déstabilisant de trouver encore autant de sujet encore au centre des polémiques ou des discussions de machine à café, encore aujourd’hui.

L’article complet :

Le sport devient-il un fléau social ?

La thèse de ceux qui prétendent que le sport tend à devenir un fléau social est étayée par les nombreux scandales qui marquent périodiquement l’activité sportive. Sur ce point précis, le rugby n’échappe pas à la critique, mais ce serait trop ignorer les vertus d’un sport éducatif entre tous que de prétendre qu’il est ou qu’il sera un jour un fléau social.

Hélas, à l’époque actuelle, le sport est tributaire de la manière dont il est géré et le rugby traverse justement une grave crise de direction. Dans tout le midi, que ce soit à Toulouse, Pau, Perpignan, Bordeaux ou Toulon, circulent des anecdotes plus ou moins savoureuses sur le rugby et les rugbymens. Ici, un trois-quart international s’est fait offrir par un dirigeant de son club un fusil de chasse, là, un talonneur de renom a hérité d’un camion, tel un club méditerranéen s’est vu contraint de rembourser la somme perçue par un de ses attaquants qui avait donné son adhésion au rugby à XIII, tel autre club, enfin, justifie le titre de « club des bistrots » tant ses adhérents marquent une préférence pour la profession des cafetier.

Ainsi le rugby vit dans une atmosphère de méfiance propre à indisposer le pratiquant et le spectateur qui se rendent bien compte que le culte de l’amateurisme est faussement entretenu par ceux-là même qui n’hésitent pas à en violer les règles les plus élémentaires.

Championnat ou matches internationaux?

Cette façon de voir a éveillé le soupçon chez les Britanniques. Les dirigeants des Rugby Unions formulent à notre égard de multiples reproches : manquements caractérisés au respect de l’amateurisme, chauvinisme des foules françaises, mauvaise interprétation de l’esprit du jeu. Encore que cette manière de s’immiscer dans les affaires intérieures du rugby français soit plutôt mal appréciée chez nous, les menaces de ruptures venues d’outre-Manche ont mis en garde les dirigeants de la F.F.R. Il serait vain de dissimuler les conséquences qu’aurait une telle décision. Un sport livré à lui-même, privé de contacts internationaux est voué à une mort plus ou moins rapprochée.

Mais parallèlement, il y a de notre dignité de ne pas se laisser imposer des mesures contre nature. On sait bien que le maintien des relations franco-britanniques est subordonné à la disparition du championnat national. Or, il ne faut pas davantage penser que le rugby français sans compétition, puisse se maintenir à son niveau actuel. Les faits ont prouvés que le championnat est un stimulant nécessaire et indispensable.

Les responsables? Les dirigeants!

Quels sont les responsables d’une situation chaque jour aggravée? Au premier rang se trouvent les dirigeants de clubs et fédéraux. Sans prétendre généraliser, il est de notoriété publique que la fonction dirigeante a subi ces derniers lustres de multiples déformations. Désintéressée à l’origine, elle attire aujourd’hui des hommes qui recherchent avant tout l’honneur que peut faire rejaillir sur eux la victoire et le profil qui en découle.

Guidés par de tels sentiments, ils se sont tout naturellement dirigés vers la solution de facilité, celle qui consistait à s’assurer le concours de vedettes pour forcer le succès et attirer le public. Ainsi a commencé la surenchère entre les clubs, surenchère accrue quand le néo-rugby s’est implémenté en France. Le jeu à XIII, bénéficiant de status indépendants, ayant la possibilité d’acheter des joueurs, il fallait, pour s’opposer à l’exode des XV vers le XII user des mêmes arguments sonnants, ce qui n’hésitèrent pas à faire les clubs quinzistes, sinon au grand jour, du moins dans un secret très relatif. Il se créa alors un amateurisme-marron entretenu par la réaction normale pour un joueur de monnayer ses talents. Ce point de vue du pratiquant n’est pas critiquable. N’est-ce pas lui qui fait le spectacle et attire le spectateur ? Mais, dans la mesure où des intérêts se trouvent en jeu, on accorde de plus en plus d’importance à une victoire en championnat. On n’a pas reculé en certains cas, à employer des moyens déloyaux, voire frauduleux.

La F.F.R. n’a pas réagi.

Qu’a fait la fédération pour s’opposer à de tels abus ? Victime de son organisation intérieure, elle n’a pas su réagir. Une des mesures auxquelles elle s’est attachée avec le plus de persistance; depuis la Libération, a été de multiplier à plaisir, chaque saison, le nombre de participants au championnat de France. Cette inflation a eu pour seul effet un nivellement des valeurs par le bas, provoquant un fléchissement de la qualité du jeu.

Dans la lutte contre l’amateurisme-marron, la F.F.R. n’a pas eu la main plus heureuse. Certes, elle s’est privée spectaculairement des relations internationales de deux authentiques vedettes Jean Dauger et André Brouat, coupables à ses yeux d’avoir pratiqué le rugby à XIII dans leur jeune âge. Certes elle a fait des exemples ces dernières saisons et Siman, notamment, a vu sa carrière internationale brisée, victime de sa profession de limonadier. Mais ce ne sont là que des demi-mesures, souvent inopportunes, qui ne sauraient en aucun cas, masquer la faiblesse d’ensemble de la structure fédérale.

La F.F.R. n’est-elle d’ailleurs pas responsable d’un état de fait qu’elle a encouragé ? L’afflux concerté de joueurs cotés vers certains clubs, il y a quelques saisons, rappelait étrangement le Quillan de 1930. De généreux mécènes avaient adopté la méthode des équipes « pré-fabriquées« . Devant l’ampleur du mouvement la Fédération tenta bien de mettre un frein. Elle institua la licence numéro 2 et la « loi d’un an » destinée à priver le joueur muté de participer pendant une saison au championnat. Encore eut-il fallu que ce principe défendable en soi, reçoive une application uniforme. Mais il y en a, d’une part, la loi, et d’autre part, son interprétation. Certains dirigeants « aux bras longs » ne se firent pas faute de tourner les règlements et les « cas spéciaux » se généralisant, contribuèrent à entretenir un climat d’injustice.

Des victimes: les petits clubs.

Dans tous les cas, il y a malheureusement des victimes: le rugby et sa base la plus solide : les petits clubs. Pour eux, pas de passe-droits. Le soutien fédéral est pour eux une utopie. Qu’on ne s’étonne plus alors de la disparition de certaines sociétés limitant les possibilités de recrutement. De même le rugby scolaire et universitaire, où les Britanniques puisent leurs meilleures réserves, n’est, en France, ni encouragé, ni soutenu.

Pour mieux comprendre la position de la F.F.R. il convient ici d’analyser la structure fédérale. Reprenons les statuts : « La Fédération est administrée par un comité de direction composé de dix membres au moins, élus dans les conditions ci-après: le collège électoral est formé par l’ensemble des représentants des Associations. Les Associations qui ne seront pas directement représentées le seront par les présidents des comités régionaux ou leurs suppléants… »

[…]

En vérité, le rugby ne dispose pas sur le plan national d’une représentation à son image. Pour s’en convaincre, il suffit d’interroger au hasard un pratiquant ou un dirigeant de petit club. Vous recueillerez alors les griefs formulés plus haut. Hélas, la F.F.R? est trop éloignée de ses ressortissants pour entendre leurs doléances. S’il venait un jour à l’idée d’un de ses pontifes de se mêler o la foule des stades, il serait rapidement édifié sur la popularité de la « maison-mère » parmi la masse de tous ceux qui s’intéressent au rugby.

Combien de fois avons-nous entendu critiquer la sélection de tel joueur, dont le seul mérite consistait à appartenir à tel club et regretter l’absence de tel autre, coupable de pratiquer dans une « équipe ignorée« . Nous touchons ici au domaine de ce que l’on peut appeler la « politique des petits copains« . Nul n’ignore qu’un membre du comité de direction ayant des attaches avec un club impose ses vues au mépris de la plus élémentaire des logiques sportives. Nul n’ignore que la sélection occasionne de multiples marchandages avant d’être soumise à l’approbation de M.Eluère, président de la F.F.R., qui dispose d’un droit de veto. Il est difficile dans de telles conditions, d’espérer posséder un jour une équipe nationale véritablement représentative de la valeur de notre rugby.

L’année terrible.

A quoi nous a conduit la gérance de la F.F.R.? A l’ère de l’hypocrisie qui vient de connaître son année terrible et s’en prépare bien d’autres pour peu que l’on persévère dans la voie suivie ces dernières années…

[…]

 

 

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